mardi 16 mai 2017

L'Avis de Ramettes : Eux sur la photo




Hélène Gestern
Editions Arléa, poche,  2011, 301 p., 10 €

4e de couv. :
Une petite annonce dans un journal comme une bouteille à la mer. Hélène cherche la vérité sur sa mère, morte lorsqu’elle avait trois ans. Ses indices : deux noms et une photographie retrouvée dans des papiers de famille, qui montre une jeune femme heureuse et insouciante, entourée de deux hommes qu’Hélène ne connaît pas. Une réponse arrive : Stéphane, un scientifique vivant en Angleterre, a reconnu son père.

Commence alors une longue correspondance, parsemée d’indices, d’abord ténus, puis plus troublants. Patiemment, Hélène et Stéphane remontent le temps, dépouillant leurs archives familiales, scrutant des photographies, cherchant dans leur mémoire. Peu à peu, les histoires se recoupent, se répondent, formant un récit différent de ce qu’on leur avait dit. Et leurs découvertes, inattendues, questionnent à leur tour le regard qu’ils portaient sur leur famille, leur enfance, leur propre vie.

Ma chronique :

Ce roman épistolaire met en relations des gens du présent et convoque des gens du passé. L’histoire se déroule entre avril 2007 et avril 2008 entre Stéphane et Hélène. En une année leur vie sera complètement bouleversée.

Dans un premier temps ils ne se connaissent pas et petit à petit on voit leur relation changer. Les liens qui se tissent mettent à nu leurs pensées profondes. Il y a des ambigüités qui vont voir le jour au fur et à mesure qu’ils soulèvent les voiles du passé. De leurs réactions aux événements dépendra leur futur.

Ce roman joue avec le temps de l’écrit selon s’ils utilisent le courrier postal, le courrier électronique ou les sms, tantôt quelques minutes séparent une question d’une réponse tantôt il faut attendre plusieurs jours. Et puis il y a le temps présent et celui du passé selon les rencontres que les deux personnages feront. Ils laissent le temps à la réflexion en privilégiant l’écrit et ils laissent une trace écrite.

Ce roman joue aussi avec l’espace puisqu’on a d’une part Hélène centrée sur Paris (à quelques exceptions près) alors que Stéphane parcourt le monde : Il vit en Angleterre, mais son travail l’envoi en Finlande et à Hawaï, il a des attaches en Suisse.

Ces deux  vecteurs donnent à la narration un rythme et rend cohérent que la correspondance dure aussi longtemps.

La construction narrative joue aussi un rôle dans la relation. Chaque début de chapitre débute avec une description assez objective d’une photo, dont ils parleront dans les échanges d’informations.

La longueur des échanges sont plus ou moins courts alors le lecteur à tendance à se laisser prendre et à passer de l’une à l’autre (c’est comme ça que je lai lu en 24 h). Les dates ponctuent les échanges.

Lorsque des rencontres lieu ou qu’il y a eu une conversation téléphonique on n’a pas une retranscription mais des références à des émotions, à des informations ou des événements dans le courrier suivant.

 La thématique principale concerne les secrets de famille, leurs influences psychologiques. Faut-il les déterrer ou pas ? Conséquences de ces choix et conséquences  sur le futur de ce qui pourrait être trouvé. Si Hélène à amorcé les recherches c’est que c’était vital pour elle, et une fois le doigt dans l’engrenage il n’y a plus  de marche arrière possible… ni pour Hélène ni pour Stéphane qui était aussi dans une souffrance.

Il y a une évolution sur l’état d’esprit d’Hélène et de Stéphane. On découvre petit à petit que cette quête correspond à une souffrance personnelle et pas juste de la curiosité. Plus ils dévoilent des secrets plus on réalise qu’ils ont souffert pendant toute leur enfance et leur vie adulte (elle à 39 ans et lui quelques années de plus).

L’autre thématique omniprésente est celle de la mémoire à travers les traces laissées dans le psychisme, la perte de mémoire ou de moyen de communication de certains personnages, disparition des principaux protagonistes du passé. Les photographies remplacent les témoins du passé ainsi que les documents écrits. Mais fixer un instant c’est aussi donner une image particulière d’un événement et puis il y a ensuite la lecture très suggestive selon celui qui la regarde sans légende. Il y a l’intention du photographe et l’interprétation de ceux qui ne connaissent ni les tenants ni les aboutissants de l’histoire.

Les métiers choisis pour chaque personnage ne sont pas anodins. Stéphane qui s’occupe de génétique sur les arbres. Ce qui laisse songeur. Pourquoi des arbres et pas des humains ? Un rapport avec les racines et les arbres généalogiques ? Un paradoxe lui qui voyage beaucoup alors que les arbres sont sensés représenter la stabilité et la sédentarité. Hélène qui travaille sur les photographies et les cartes postales, sur le passé et les familles (ce sujet est abordé au cours de l’histoire). Pierre et Jean photographes ont laissé derrière eux des histoires en image, c’était leur façon d’exprimer leurs sentiments.

Le secret de famille n’est pas exceptionnel mais c’est comment l’histoire est menée à travers les lettres. Les personnages vont avoir des émotions fortes. Pour le lecteur qui entre dans le jeu (ce qui fut mon cas) on ressent aussi les doutes et  les angoisses qui vont vivre ses découvertes presque comme des accouchements. Ils vont presque renaître une fois certains non-dits révélés. Chaque lecteur prendra cette quête à sa façon et diront que j’y ai vu trop d’émotion…C'est une question de sensibilité !

Je vous souhaite une belle lecture



Prix René-Fallet 2012.
Prix « Coup de coeur des lycéens » de la Fondation Prince Pierre de Monaco 2012.
Prix du Premier Roman de l’Université d’Artois 2012.
Prix de l’Office central des Bibliothèques 2012.

mardi 18 avril 2017

L'avis de Ramettes : Quand le diable sortit de la salle de bain





Sophie Divry
Editions Noir sur Blanc, coll. Notabilia, 2015, 310 p., 18€
4e de couv. :
Dans un petit studio mal chauffé de Lyon, Sophie, une jeune chômeuse, est empêtrée dans l’écriture de son roman. Elle survit entre petites combines et grosses faims. Certaines personnes vont avec bonté l’aider, tandis que son ami Hector, obsédé sexuel, et Lorchus, son démon personnel, vont lui rendre la vie plus compliquée encore. Difficile de ne pas céder à la folie quand s’enchaînent les péripéties les plus folles.
Après la mélancolie de La Condition pavillonnaire, Sophie Divry revient avec un roman improvisé, interruptif, rigolo, digressif, foutraque, intelligent, émouvant, qui, sur fond de gravité, en dit long sur notre époque.

Auteure :
Elle est née à Montpellier en 1979, elle vit actuellement à Lyon.
Ella a publié :
2010 - La cote 400
2013 – Journal d’un recommencement
2015 – Quand le diable sortit de la salle de bain
2017 – Rouvrir le roman
Elle fait partie de l’équipe des « papous dans la tête » sur France Culture.

Mon avis :
Ce roman est un exercice de style ou plutôt des exercices de styles. Sophie Divry tourne une situation somme toute banale et dramatiquement quotidienne en une histoire aux formes multiples.
Être en galère, avec les tracas matériels,  c’est le quotidien de cette narratrice, elle est journaliste et écrivaine. Elle a tout lâché pour aller vivre à Lyon. Elle essai  de ne pas descendre trop bas. Elle nous parle de manque de travail, d’isolement, de manque d’argent, de manque de nourriture et de vie sociale.
Elle crée des dialogues imaginaires avec sa mère ou son ami Hector. La frontière entre vraies et fausses conversations est assez poreuse. Cela donne des dialogues savoureux. Il n’y a qu’un pas à franchir pour passer de situations réalistes à des situations surréalistes.
Sophie Divry joue avec les mots, surtout lorsqu’elle évoque les réactions de sa mère. On suppose alors qu’on est dans des conversations imaginaires que se tient  la narratrice. On a un peu tendance à mélanger la narratrice et l’auteure, car elles ont le même prénom.
Son ami Hector a un tic de langage, il inverse la position des adjectifs. Il est le prétexte pour des scènes érotiques voire pornographique. Il y a même un avertissement pour  signaler un texte très hot. « Le passage suivant contient des scènes propres à choquer la sensibilité d’un jeune public. » (253)  et le texte est entouré de pointillé avec un petit ciseau dessiné.
Le côté « sexe » est aussi présent dans des dialogues sur internet sur des sites de chats de rencontre. Ou dans des expressions, et des commentaires graveleux, comme si elle se lâchait. Je me suis même posé la question si ce n’était pas fait exprès signifiant « il faut un peu de sexe pour vendre des livres ».
Nous avons aussi des objets qui  discutent entre eux. Le grille-pain va être sacrifié sur "le boncoin.fr" pour obtenir quelques petits sous au grand soulagement de la bouilloire électrique. C’est le genre d’exercice d’écritures qui m’ont fait penser aux « papous dans la tête ».
J’aime bien les digressions pour illustrer le propos principal comme l’histoire des familles :  Lagalère, Jeveux et Geaiedequoi. La narratrice utilise ses armes d’autodérision et d’écriture pour façonner l’histoire à sa façon et créer une distance. Par exemple :  elle précise qu’elle a retravaillé un dialogue avec son ami Hector car le retranscrire aurait été incompréhensible tant il était confus et troublé.
Les scènes avec pôle emploi comme protagoniste sont  tellement calqué sur la réalité qu’on se dit que la réalité dépasse la fiction.
Apparaît le diable avec ses solutions bien pourries : vol, drogue, prostitution et j’en passe… On se dit va-t-elle virer à la folie ? Se suicider ? On est dans une phase très sombre…  En même temps le personnage de « Lorchus » est tellement extrême qu’on en rit.  Il apparaîtra à d’autres moments.
Heureusement, il y a quelques belles personnes qui croisent le chemin des plus démunis. Comme pour contre balancer la noirceur du monde.
Puis,  l’histoire va connaitre un petit temps de répit qui va permettre à la narratrice de reprendre son souffle et au  lecteur aussi. La situation de fond est la même mais on va  voir la narratrice au milieu de sa famille à qui elle cache sa misère. Elle va être en position d’observatrice, en retrait elle va essayer de découvrir ce que vivent ses frères et sa mère.  Mais des discussions vont lui redonner quelques « claques ». J’ai bien aimé les discussions avec sa mère, elle n’est plus dans le rôle de petite fille et elle ne peut se positionner en victime de la société. Elle va repartir le ventre plein et des images plus positives d’elle.
Elle va reprendre plus moins pied et voir son avenir sous un autre angle et découvrir d’autres types de galères. Elle retranscrit aussi le changement qui s’opère dès que quelqu’un se sent utile et comment le regard des autres se modifie.
Ce que j’ai beaucoup aimé c’est aussi le travail typographique. Son texte n’est pas linéaire, il y a des textes avec des mises en page particulière. Sans parler des Bonus des pages rouges.
Elle introduit des histoires, des contes, des listes, des petites annonces,  des poèmes, des paroles de chansons, des écrivains, des rêves, etc.Elle part dans des énumérations qui rendent le propos si énorme qu'il perd son côté dramatique, un peu comme pour éviter le pathos.
C’est roman très agréable à lire car on ne s’ennuie  pas. Je découvre une maison d’édition que je ne connaissais pas et une écriture qui me plaît. Ce qui me réjouit c’est qu’elle a quatre autres titres à son actif. Je trouve la couverture magnifique par sa simplicité.
Ce roman, je l’ai lu dans le cadre d’un club de lecture sur auféminin.com et pour un cercle littéraire que j’anime dans la médiathèque de mon village.
Je conseille ce roman aux gens ouvert d’esprit et qui ne seront pas choqués par des scènes osées ou pornographiques et parfois des expressions très directes. Le lecteur ne doit pas avoir peur devant une composition très disparate.

mercredi 22 mars 2017

l'avis de Ramettes : Superchat Pitre





Superchat Pitre
Florence Hinckel
Ill. Joëlle Passeron
Éditions Nathan 2016,  95 p., 5,75 €

4e de couv. :
Pitre pensait enfin pouvoir manger des sardines tranquille. Mais, à peine rentré de son voyage dans l'espace, sa famille et lui s'aperçoivent… qu'il a tout à coup des super-pouvoirs. Il est même capable d'arrêter un camion lancé à toute allure ! Malheureusement, ses nouvelles capacités ne passent pas longtemps inaperçues… et le voilà bientôt avec une armée de chercheurs à ses trousses !

Ma petite chronique :
J’avais adoré la première histoire de ce chat dans « ». Je voulais savoir si le plaisir serait renouvelé avec une autre aventure, de plus j’étais curieuse de voir comment l’auteure le faisait évoluer. Malheureusement je n’ai pas pu lire l’aventure suivante puisque je fais en fonction de ce que je trouve en bibliothèque. C’est un peu dommage car ce qu’il vit ici est une conséquence de ce qu’il a vécu dans « Chastronaute », l’auteure à pensé à cette éventualité et les personnages nous donnes les informations pour bien comprendre.

Nous retrouvons la petite famille et Pitre le chat. Cependant il y a des phénomènes climatiques étranges et des réactions chez l’animal qui confirme que ça n’a rien de naturel. Nous  rencontrons Daniel Air un personnage qui a partagé les aventures de Pitre dans l’espace.  C’est lui qui va nous expliquer les phénomènes inexpliqués et complètement délirants.

Florence Hinckel joue avec les sons et les mots ce qui donne des dialogues savoureux.

Un petit côté « fantastique » met les personnages dans des situations loufoques.

Il y est question de « poisse » de « chance » et de « super-pouvoirs »

Bien entendu un chat avec des super-pouvoirs ne peut rester caché. Il va forcément attirer les médias et les scientifiques. On va voir l’engrenage infernal des médias et des recherches scientifiques.

Va-t-il devenir un chat de laboratoire ? C’est sans compter sur les ressources inattendues de cet animal égocentrique !

Est-ce la fin du Chat Pitre ? Sa famille va-t-elle l’abandonner à son triste sort ?

Bon je vous laisse découvrir toutes les aventures rocambolesques qui en découlent.

La couverture et les illustrations sont très explicites !

En guise de conclusion je vous dirai que c’est peut-être un roman jeunesse (dès 8 ans) mais que les grands avec une âme d’enfant rirons sans retenue !

Je vous souhaite un bon mercredi et une belle lecture !

Cliquez sur l'image pour retrouver directement la chronique du premier épisode :

http://parlons-livres.blogspot.fr/2017/01/le-chat-pitre.html

mercredi 8 mars 2017

L'avis de Ramettes : Le magot des dindons









http://www.claudine-aubrun.fr/

Le magot des dindons
Claudine Aubrun
Editions Syros, Mini Syros, 2006, 38 p., 3€
9782748506501

C'est mercredi... la lecture des enfants
Auteure :
Claudine Aubrun est née dans le Sud-Ouest de la France, dans l’Ariège précisément. Après des études aux Beaux-Arts de Toulouse, elle travaille dans la communication et l’édition de livres sur le patrimoine historique. Aujourd’hui, elle vit à Paris.

4 e de couv. :
Emma la poule et son amie Lisbeth ont ridiculisé les dindons au pocker ! Mais le lendemain matin, stupéfaction : le nid de Lisbeth est vide. La jolie poulette et le gros tas d'orge gagné au jeu semblent bel et bien s'être volatilisés... 


Mon billet :

Je connaissais les aventures de Nino qui résout des énigmes autour de l’art, alors j’ai été intriguée par ce livre en cherchant des livres à la médiathèque. Ce n’est pas la première histoire mais ce n’est pas gênant.

Ils s’en passent des choses dans la basse cour où vit Emma la poule. Les volailles jouent au poker et misent des graines (de l’orge pas du blé !). Le poulailler se transforme en tripot.

On retrouve tous les codes des polars.

Les dindons jouent le rôle des voyous et des gros durs, les dindes  leur compagnes, elles ne sont pas tendres.

L’autre clan, c’est celui des poulettes. Mais Emma et Lisbeth ne s’en laissent pas compter. Emma va mener son enquête dès qu’elle va se rendre compte que Lisbeth a disparu. Elle est maligne, elle va retrouver sa trace et trouver un stratagème pour s’infiltrer et libérer sa copine.

On découvre que c’est la cupidité des dindons qui est la cause de cet enlèvement. Lisbeth semble avoir de l’or. Emma ne compte pas payer de rançon. Après quelques péripéties, où les coups vont pleuvoir,  on assiste à l’évasion rocambolesque de nos deux poulettes. La conclusion est drôle. Pas si bête ses poulettes !

Bien sûr, on pense à la poule aux œufs d’or, même si ici ce sont des soit disant pièces.

Cette histoire recèle des trésors d’humour, entre jeux de mots et scènes cocasses cela donne une lecture dynamique et drôle.   C’est un grand plaisir de la «jouer », de la lire à haute voix. Emma la réfléchie et Lisbeth la forte en « bec » dorment un duo irrésistible. 


Lisbeth n’est pas calmée pour autant et je sens qu’elle n’a pas fini de se créer des ennuis et d’entraîner Emma dans des aventures / mésaventures…

La collection Mini Syros s'adresse à un jeune public (8 ans) mais j'avoue qu'en tant qu'adulte j'y trouve des références qui titille ma curiosité... Mes petites récréations !
       
http://ramettes.canalblog.com/archives/2015/04/06/31839552.html   http://ramettes.canalblog.com/archives/2016/03/30/33590173.html http://ramettes.canalblog.com/archives/2015/04/06/31839552.html