lundi 23 novembre 2015

INTERVIEW D'AUTEUR : Renaud Marhic

Interview de Renaud Marhic par Ramettes pour Parlons Livres...




J’ai découvert l’existence de Renaud Marhic en 2013 d’une manière assez originale. Il venait de publier le premier tome de « Les lutins Urbains » chez P’tit Louis. Il avait lancé un partenariat littéraire qui sortait de l’ordinaire. Il faisait voyager un livre d’un blog à un autre, pour ceux qui voulaient jouer le jeu. J’ai fait partie de ses « passeurs ». Et coup de chance et pour lui et pour moi, je plongeais dans cet univers assez loufoque. Et j’ai commencé à contaminer mon entourage, avec des résultats qui sont allés de « j’adore » à « je n’ai pu le terminer ». À la sortie du tome 2, je me suis précipitée et j’ai acheté les deux tomes… La maison d’édition envoya un exemplaire à mon Parlons Livre et les livres passèrent de main en main…
Renaud Marhic fut invité à venir nous parler de son travail. Cet écrivain breton prit sur son temps d’écriture pour venir à Perpignan passer un après-midi de juillet. Je le remercie encore au nom de toutes celles qui purent venir d’avoir joué le jeu jusqu’au bout… partage de sucreries, partage de son expérience et partage de ses lectures.
En amatrice totale je profitais du moment sans prendre des notes… alors je vais essayer de retransmettre à travers cette interview.


• Depuis quand écrivez-vous ?
J’ai toujours « écrit ». Sans pour autant matérialiser la chose. Certaines tirades des Lutins Urbains proviennent tout droit des rêveries de l’enfant que j’étais. Ce n’est pas un hasard si je suis devenu aujourd’hui le « Petit Reporter de l’Imaginaire »…

Qu’est ce qui vous a donné le goût d’écrire ?
La lecture, bien sûr.

• Vous avez eu d’autres expériences professionnelles autour de l’écriture, de journaliste à écrivain de romans policiers. Vous semblez maintenant vous focaliser sur les Lutins Urbains.
Il s’agit de méthodes de travail différentes. Avez-vous eu le soutien de « professionnels » pour passer d’une écriture à l’autre ?
Surtout pas ! D’abord, je n’ai jamais cru que le talent s’enseigne ou s’apprenne. Surtout, le Petit Reporter que je suis tient chronique de son propre imaginaire. Pas de celui des professionnels de la profession. Bref, avec les Lutins Urbains, il est question d’inspiration et non des techniques marketing d’une certaine édition…

• Quel est le conseil le plus important qu’on vous ai donné ?
J’en ai noté quelques-uns au fil des années. Par exemple : « Le souci du lecteur et non seulement le plaisir de raconter son histoire. » (Bernard Comment) Ou encore : « Les bons écrivains sont ceux qui savent jeter. » (Jean-Marc Roberts)

• Vous avez sûrement des habitudes, des rituels… Comment travaillez-vous ? (sur papier ou ordinateur, avec plan ou selon le fil de l’inspiration…). Avez-vous un comité de lecture qui vous donne son avis avant la finalisation ?

Mon rituel est d’écrire – sur papier puis/où à l’ordinateur – en toutes circonstances : café, voiture, restaurant, train, chambre d’hôtel… Dans les lieux publics, cela ne va pas toujours sans incompréhensions ! Je planifie, oui, mais mon inconscient a toujours le dernier mot. (Merci les Lutins !) Pour ce qui est des comités de lecture personnels, le problème, c’est qu’ils se composent souvent de l’entourage immédiat. Or, en littérature, il n’y pas plus mauvais conseiller que les proches. Tenez, prenez ce que disait le matou de J. K. Rowling alors que sa maîtresse terminait le premier tome de « Harry Potter » : « C’est pas encore avec ça que tu m’achèteras de l’herbe à chat ! » Me concernant, j’ai deux « bêta lecteurs ». (Ils préfèrent que je dise « oméga lecteurs ».) Ce sont des enfants. Et pas les miens. Seul problème – d’ailleurs fréquent avec les enfants –, ils grandissent…

• D’où puisez-vous votre inspiration ?
De cet inconscient que j’évoquais à l’instant. Où plutôt de ce travail inconscient qui se fait en moi. Je suis le premier surpris de ce qui se retrouve parfois au bout du récit, en toute logique, mais à quoi je n’avais absolument pas réfléchi…

• Je trouve que dans les trois tomes des Lutins Urbains vous dénoncez de manière humoristique la société de consommation par le biais des marques déposées et la destruction de la biodiversité… Mais au cours de notre rencontre vous nous avez parlé de la place « non protégée » des écrivains…
Désolé de plomber l’ambiance… L’écrivain, aujourd’hui, est un ectoplasme aux yeux de la société. Un personnage anachronique régit par un système des plus injustes. Il faut savoir qu’en France, environ 20 000 personnes tou­chent chaque année des droits d’auteur. Mais seuls un peu plus de 2000 auteurs « vivent » de leur plume. Ces derniers bénéficient d’une couverture maladie et d’un droit à la retraite via cotisation à l’AGESSA. Les autres – ceux qui ne touchent pas 600 euros de droits d’auteur par mois – sont réputés « assujettis non bénéficiaires » : ils font l’objet d’un prélèvement AGESSA à la source mais ne touchent… rien ! Bref, il s’agit d’un système où les « petits » (20 000) payent pour les « grands » (2000). Qui dit mieux ?

• Quel conseil donneriez-vous aux amateurs d’écriture ?
Lire !

• Quels sont vos auteurs préférés ?
Pour ne parler que des littératures de l’imaginaire – ou braconnant aux frontières de notre imaginaire –, il y a des œuvres que je n’oublierai jamais. « L’Enfer » de Dante, « L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche », de Miguel de Cervantes, sont de celles-là. Aussi le « Peter and Wendy » de James Matthew Barrie. Il faudrait encore citer les recueils du folkoriste breton Anatole Le Braz, « Le Grand Dieu Pan » d’Arthur Machen ou « Malpertuis » de Jean Ray. Et tant d’autres…

• Que lisez-vous en ce moment ?
Je viens de finir la série américaine « Les sœurs Grimm – détectives de contes de fées », souvent imitée, jamais égalée. Hélas, les éditeurs français ont décidé d’interrompre la série au tome 6 de ce côte-ci de l’Atlantique. Peut-être l’a-t-on jugée, au final, trop décalée pour être rentable. Le plus drôle, c’est qu’une fan a décidé de traduire elle-même les tomes 7, 8 et 9 en français… et que le résultat est aujourd’hui disponible sur le net.

• Comment construisez-vous vos personnages ? Avez-vous besoin de vous identifier à eux ?
Je ne construis pas mes personnages, ils m’apparaissent… Les faire découvrir aux autres, voilà mon boulot de « Petit Reporter de l’Imaginaire ». Raison pour laquelle je suis devenu l’un des acteurs des Lutins Urbains, intervenant directement dans le récit à travers mes désormais fameux « Psiiiiit ! ».

• Pourriez-vous nous raconter comment vous est venue l’idée des « Lutins noirs » ? J’ai trouvé l’histoire très intéressante…
Cette idée, on me l’a soufflée… J’étais en signature au Salon du Livre de Paris quand un jeune garçon d’origine africaine m’a demandé : “Pourquoi dans les livres n’y a-t-il jamais de Lutins noirs ?” Oui, pourquoi ? Je n’ai pas eu à chercher longtemps pour découvrir que les lutins sont pourtant légion en Afrique aussi. À commencer par les Kokolampos de Madagascar qui font donc l’objet du tome 3 des Lutins Urbains…

• Pouvez-vous nous parler de ce dernier livre ?
Les Lutins Urbains racontent les aventures de Gustave Flicman, jeune adjoint de sécurité au commissariat Adinike®
« Avec-Adinike®-le-sport-c’est-toujours-le-pied ! » (Notre histoire se passe dans un futur où les administrations sont sponsorisées par de grandes marques pour raison d’économies budgétaires). Gustave, donc, qui découvre que la « Grosse Cité » (Paris dans quelques années) est remplie de Lutins Urbains. Logique, puisqu’on a construit des villes à la campagne ! Dans « L’Attaque du Pizz’ Raptor » (tome 1) et « Le Dossier Bug le Gnome » (tome 2), Gustave enquête chaque fois sur un nouveau Lutin Urbain. Dans le tome 3, voilà que débarque à l’aéroport Okaz Air® « Avec-Okaz-Air®-vos-vacances-connaissent-pas-les-trous-d’air » un trio de lutins… africains ! Que veulent-ils à la Grosse Cité ? Et comment va réagir la sinistre Brigade de Répression de l’Onirisme chargée de faire taire toute manifestation de l’imaginaire ? C’est ce que je laisse découvrir au lecteur…

• Où peut-on se procurer Les lutins Urbains ?
On se procure Les lutins Urbains chez de curieux libraires, au sens propre du terme, à savoir chez les libraires faisant preuve de… curiosité ! Ce qui veut dire que, en revanche, vous ne les trouverez pas chez ces autres libraires dont la philosophie est : « Qui n’a pas son best seller ?! » De fait, je me trouve dans cette situation paradoxale où, en fonction de la localisation géographique de mes lecteurs – et bien que je défende la librairie indépendante –, je me vois parfois dans l’obligation de les renvoyer vers la plateforme de la Fnac qui vous permet de commander Les Lutins Urbains rapidement et sans frais de port : http://www4.fnac.com/Les-lutins-urbains/si62146
  

• Vous avez de nouveaux projets en cours ou continuez-vous à vous concentrer sur la série des Lutins Urbains ? Vous débuterez l’écriture du tome 4 bientôt ou avez-vous déjà plusieurs tomes dans vos tiroirs ? Reprendrez-vous l’écriture dans un autre genre ?
Mes Lutins sont très exclusifs. À l’heure où paraît un tome de leurs aventures, le tome suivant est achevé et le tome d’après en cours. À cela s’ajoute la promotion et les salons. C’est un travail de chaque instant. On ne bâtit pas un univers sans se donner un peu de mal…

• À la question Combien de tomes pensez-vous publier vous nous avez dit « au moins 57 » ? Est-ce à dire que vous avez un contrat illimité avec les éditions P’tit Louis ?

Vous voulez parler sans doute du fameux « contrat illimité » que certains éditeurs délivreraient à des auteurs choisis en même temps que le non moins fameux « élixir de jouvence »… Je ne peux rien dire ! Mais n’oubliez pas que, dans « Les Lutins Urbains tome 3 – Les Lutins noirs », on lit : « Cher lecteur, autant te l’avouer, je n’avais pas prévu que le Professeur B. se mettrait à parler tout seul. Ni qu’il radoterait ainsi à propos de sa jeunesse. Mais puisque c’est fait, je dois bien dire que l’“expérience” qu’il vient d’évoquer était vraiment… monstrueuse ! De quoi s’agissait-il ? Tu le découvriras dans Les Lutins Urbains – origines, le tome 57 de notre série. » Me voilà donc bien obligé de continuer jusque-là. La série croissant au rythme d’un tome annuel, j’aurais alors 104 ans…

• Il y a un sujet qui m’intéresse de plus en plus au fur et à mesure que je lis de manière intensive… Il s’agit des petites maisons d’éditions et des maisons d’éditions indépendantes. Avant je lisais surtout les gros tirages des maisons d’édition qui sont présentes sur tous les supports publicitaires…
Pour parler de cette différence d’échelle… Jadis, journaliste et essayiste, j’ai connu la grande et la moyenne édition et ce qui va avec : plateaux télé, promotion radio, etc. Aujourd’hui, en matière de littérature jeunesse, édité par une « petite » maison, je me bats à 1 contre 10. En d’autres termes, la chaîne du livre étant ce qu’elle est, quand vous croisez dix fois sur votre chemin « Les Grandes Chroniques de la Saga qui Tue », vous ne croisez qu’une fois Les Lutins Urbains. C’est pour cette raison que j’ai inventé « l’opération livre voyageur », faisant circuler de blog littéraire en blog littéraire les différents tomes des Lutins Urbains. Sans cette visibilité que procure la blogosphère, faire perdurer la série deviendrait très compliqué… Certaines blogueuses l’ont compris et je les en remercie.

Avez-vous envoyé le manuscrit du tome 1 à plusieurs maisons d’éditions ?
Tous mes livres, adulte ou jeunesse, sont envoyés aux grandes maisons. On ne dira pas ainsi que c’est moi qui ne joue pas le jeu du monde de l’édition… Dans le cas des Lutins Urbains, par exemple, Gallimard Jeunesse m’a adressé une longue lettre pleine de compliments, justifiant néanmoins son refus par la fin du tome 1 jugée trop… « rocambolesque » ! Il est vrai qu’on y voit, sous l’influence des Lutins, la Garde républicaine charger sabre au clair sur un palais de Justice afin de libérer un homme injustement condamné…

• Y a-t-il un côté engagé qui fait que vous vous soyez tourné vers une petite maison d’édition ? Ou est-ce le hasard des rencontres ?
Une fois acté le refus des « grands », je fais partie des auteurs qui choisissent leur éditeur. J’ai contacté les Éditions P’tit Louis après mûre réflexion, sans démarcher d’autres éditeurs de même catégorie. Ça passait ou ça cassait.

• Pourriez-vous nous parler de la maison d’Édition P’tit Louis, de sa ligne éditoriale ?
P’tit Louis est une maison de 25 ans d’âge basée à Rennes. Spécialisée en bandes dessinées, elle publie des séries phares comme « Vick et Vicky » ou encore « Sylvain et Sylvette ». Surtout, il s’agit d’un éditeur indépendant qui ne bénéficie pas moins d’une certaine surface. Un éditeur chez qui il est encore possible de faire acte de création graphique ou littéraire…

• Les salons sont votre plus belle vitrine mais faites-vous aussi des présentations dans des écoles et des bibliothèques ?
En salon, je pratique la « dédicace contée » : pas un visiteur à repartir sans une histoire de Korrigans, de Corriks, de Korils, de Poulpikans et Poulpiquets, à moins que ce ne soit de Kornigans ou de Cornicanets… bref, de lutins ! Par ailleurs, le Petit Reporter de l’Imaginaire intervient en effet à la demande dans les écoles, médiathèques, institutions, etc. On peut lui adresser toute demande à l’adresse des Lutins Urbains :

• Où on peut suivre vos actualités ? (blog, facebook, twitter…)
Le blog des Lutins Urbains :
Sans oublier le compte Tweeter des Éditions P’tit Louis :

@PtitLouis35


• Merci pour toutes ces réponses.
Merci à vous de contribuer à faire connaître Les Lutins Urbains, la série « 7-77 ans » qui fait se bidonner les petits sans oublier de faire marrer les grands… 


Propos recueillis par Ramettes, membre de Parlons Livres








Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire