dimanche 27 mars 2016

LECTURE COMMUNE : Le vieux qui lisait des romans d'amour

Cette semaine Parlons Livres avait organisé une petite lecture commune autour du livre "Le vieux qui lisait des romans d'amour" de Luis Sepulveda. 
Pour l'occasion nous avons recueilli les avis de Ramettes et Langue Déliée des blogueuses littéraires ainsi que celui de Vincent Pernal un auteur des P.O..
Et vous, comment trouvez-vous ce roman ? Dites-nous tout dans un petit commentaire :) 
PL


Le vieux qui lisait des romans d'amour
Luis Sepúlveda - trad. François Maspero
France Loisirs, 1992, 130 p.
Existe en poche
4ème de couverture : "Antonio José Bolivar Proaño est le seul à pouvoir chasser le félin tueur d'hommes. Il connaît la forêt amazonienne, il respecte les animaux qui la peuplent, il a vécu avec les Indiens Shuars et il accepte le duel avec le fauve. Mais Antonio José Bolivar a découvert sur le tard l'antidote au redoutable venin de la vieillesse : il sait lire, et il a une passion pour les romans qui parlent d'amour, le vrai, celui qui fait souffrir. Partagé entre la chasse et sa passion pour les romans, le vieux nous entraîne dans ce livre plein de charme dont le souvenir ne nous quitte plus."

• L'avis de Ramettes
Il  y a des livres qui vous accompagnent une partie de votre vie, celui-ci en fait parti. J’ai lu ce roman juste avant de découvrir les abords de la forêt amazonienne tout en étudiant des auteurs sud-américains…  Je me suis rendu compte en le relisant que j’avais mélangé deux romans celui-ci et un roman de Gabriel Garcia Marquez. C’est donc une bonne chose de l’avoir relu, il me reste à lire « pas de lettre pour le colonel ».
Ce roman commence fort avec le personnage haut en couleur du dentiste arracheur de dent, vendeur de dentiers et virulent contestataire de la politique gouvernementale.
Mais ce qui m'a beaucoup plu dans ce roman, c'est l'image de ce lecteur qui lit des livres qui lui parle d'un ailleurs qu'il ne connait pas, où Venise, les gondoles et les gondoliers sont des abstractions tellement énorme.  Nous lecteurs d’aujourd’hui nous n’avons qu’à cliquer sur le net pour avoir des photos des choses citées dans les livres, voir une vidéo ou écouter une musique. Et nous aurons la sensation d’avoir perçu l’ambiance dans laquelle baigne cette histoire, alors qu’eux font travailler leur imagination.
C’était émouvant de voir ce lecteur qui part à la recherche de livres, point d’amazon en Amazonie à ce moment–là, de plus il doit troquer pour avoir de quoi les obtenir, c’est toute aventure. Ajoutez à cela que c’est un homme dans un milieu très masculin et qui choisit de lire des livres d’amour.  Amour avec un grand A où il n’y a rien de sexuel,  c’est la première chose à laquelle pense un des habitants qui le voit lire… Il lit aux autres, ce qui entraîne des discussions sur des choses qui dépassent leur entendement. Puis le voir recevoir deux livres tous les six mois et la mise en place d’un rituel de lecture cela donne une dimension presque sacré à cet acte qui nous semble banal à nous lecteurs plus ou moins blasés. Et puis, il les lis et les relis, je trouve ça touchant. En même temps, Sepulveda désacralise cet acte de lire : nous avons d’une part le vieux qui n’a pas d’instruction et qui pourtant lit et de l’autre la prostituée qui devient indirectement sa conseillère…
Ce roman c’est aussi une dénonciation des exactions faites à la forêt amazonienne et ses habitants, ainsi que la colonisation au XX siècle et ses tromperies. Dans ce lieu nommé El Idilio rien n’est idyllique, entre les colons qui croyaient encore pouvoir trouver une possibilité de sortir de la misère et ceux qui croyaient trouver de l’or, nous avons toute la gamme des malheureux qui ont tout perdu jusqu’à leur âme. C’est la fin d’une civilisation et la perte des valeurs. Les shuars vivent encore en osmose avec la nature. Mais ils sont entourés de braconniers, de destructeurs et tout ce que la civilisation peu apporter, alcool et violence, recherche du profit à tout crin. Quitte à causer la perte de toute une région.
Les souvenirs de Antonio José Bolivar Proano nous permettent de comprendre qui il est et comprendre sa vraie nature. Ce respect des hommes et de la nature qui l’entoure. Il va se retrouver embarqué dans cette aventure malgré lui.
Je ne m’attarderais pas sur le côté absurde que sont l’introduction des taxes et les paperasses et autres directives de l’Etat, la corruption et les dérives du pouvoir dans cette nature indomptée et dangereuse.
Ramettes
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• L'avis de Vincent Pernal, auteur des Pyrénées Orientales
J'avais lu "le vieux qui lisait des roman d’amour" il y a longtemps et j’avais aimé. 
Sa relecture ne m’a pas déçu. Le livre est fin dans les deux sens du terme : 
1) il n’est pas épais, c’est un récit court comme une longue nouvelle et se lit rapidement en une fois (ou deux). De plus l’écriture est fluide. 
2) Il est subtil. Dans le sens où à grâce à une histoire simple, mais pas simpliste, Louis Sepulveda amène le lecteur à s’interroger la place de l’homme dans la nature, sur les relations entre ethnies, etc. sans toutefois poser directement les questions ni être moralisateur. 

Du même auteur : j'ai lu "Hot line" et "Yacaré", 2 courts romans plaisants aussi. Extrait de l'un d'eux, je vous laisse deviner.
« …Je me souviens d’une histoire que m’ont racontée des muletiers en Patagonie. Il y a deux ans, un front de mauvais temps a interrompu les manœuvres d’un régiment d’infanterie à la frontière avec l’Argentine. Il avait plu trente jours sans interruption et un lieutenant est venu demander à un groupe de soldat comment ils faisaient, eux, pour soulager leurs problèmes de braguette. Ils ont répondu : de la façon la plus connue, et si ça le travaillait beaucoup ils pouvaient lui amener une mule près de la rivière. Le lieutenant refuse, et d’un air dégoûté les traite de vicieux. Un autre mois passe, la neige s’ajouté à la plus, et le lieutenant revient voir les muletiers. Mort de honte il leur demande de lui amener une mule près de la rivière. Sans comprendre les raisons de cette pudeur, les muletiers lui disent que le lendemain la mule l’attendrait près de la rivière qui continuait à monter. Le lieutenant est là, ponctuel, et après avoir ordonné aux muletiers de se retourner, il baisse son pantalon et commence à forniquer avec la bête. Alors un muletier tourne la tête et lui dit : Mon lieutenant, la mule, c’est pour traverser la rivière. Le bordel est de l’autre coté. » 
Vincent Pernal,
Auteur des Pyrénées Orientales
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• L'avis de Langue Déliée
Depuis plusieurs années déjà ce livre attendait dans ma PAL et cette lecture commune fut une bonne excuse pour enfin le lire. 

Un homme, le vieux, l'un des premiers colons à être venu s'installer à El Idilio dans l'espoir que la roue tourne. Inculte mais ouvert d'esprit, il apprend la jungle. Apprend le respect de la vie, de la nature, des êtres. Aujourd'hui son passe temps préféré est de lire. Lire des romans d'amour. L'amour. Le vrai. Celui des sentiments.

"- Nous sommes comment ? questionnaient-ils.
- Sympathiques comme une bande de ouistitis, bavards comme des perroquets saouls, et hurleurs comme des diables."

Ce petit livre de 120 pages, est un condensé de vie. Caché derrière le personnage du vieux, l'auteur nous fait une véritable critique social de cette époque (XXème siècle) où des colons envahissent un territoire pour le détruire dans un complet irrespect des populations locales et de l'environnement. 2 mondes. 2 traditions. 2 points de vue. 2 modes de vie.

"Antonio José Bolivar essayait de mettre des limites à l'action des colons qui détruisaient la forêt pour édifier cette oeuvre maîtresse de l'homme civilisé : le désert."

L'écriture est crue, franche, brutale et intense. Les mots sont posés sans chichi, sans joli emballage. On nous montre les choses telles qu'elles sont, reflétant ainsi l'état d'esprit et univers de l'époque.
L'histoire est fluide et bien écrite. Dès les premières lignes on est plongé dans l'ambiance et le monde d'El Idilio. On la lit d'une traite sans s'en rendre compte. En une poignet d'heures le livre est déjà fini.

"D'où te viennent toutes ces pensées ? Allons, Antonio José Bolivar. Allons, vieux. Sous quelles plantes sont-elles à l'affût ? Est-ce que la peur t'a trouvé, est-ce que tu peux plus rien faire pour t'en cacher ? Si c'est ça, alors les yeux de la peur peuvent te voir, comme tu vois les lueurs de l'aube entrer par les fentes entre les bambous."

Les personnages sont haut en couleurs. Tous ont une place, plus ou moins grande, avec un rôle précis. Sans superflus. Nous suivons la vie du vieux, Antonio, en alternant entre présent et passé qui nous permet de le découvrir petit à petit avec son caractère bien trempé qu'il est touchant.
Le fil conducteur du livre, la touche de douceur, est le rapport entre le livre et le vieux. Les romans d'amour. Comment passe-t-on de la naissance d'un lecteur à un passionné qui ne veut pas s'en passer ? L'imaginaire. L'évasion. D'autres vies irréelles.

Ce livre nous pousse à voir les choses tout en évitant les morales. On le prend tel que et on en fait ce qu'on veut en fonction de notre état d'esprit et mentalité. 
Pour toutes ces choses, il mérite largement sa note de 5*/5*. 

A mettre entre toutes les mains !
Langue Déliée
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