mardi 18 avril 2017

L'avis de Ramettes : Quand le diable sortit de la salle de bain





Sophie Divry
Editions Noir sur Blanc, coll. Notabilia, 2015, 310 p., 18€
4e de couv. :
Dans un petit studio mal chauffé de Lyon, Sophie, une jeune chômeuse, est empêtrée dans l’écriture de son roman. Elle survit entre petites combines et grosses faims. Certaines personnes vont avec bonté l’aider, tandis que son ami Hector, obsédé sexuel, et Lorchus, son démon personnel, vont lui rendre la vie plus compliquée encore. Difficile de ne pas céder à la folie quand s’enchaînent les péripéties les plus folles.
Après la mélancolie de La Condition pavillonnaire, Sophie Divry revient avec un roman improvisé, interruptif, rigolo, digressif, foutraque, intelligent, émouvant, qui, sur fond de gravité, en dit long sur notre époque.

Auteure :
Elle est née à Montpellier en 1979, elle vit actuellement à Lyon.
Ella a publié :
2010 - La cote 400
2013 – Journal d’un recommencement
2015 – Quand le diable sortit de la salle de bain
2017 – Rouvrir le roman
Elle fait partie de l’équipe des « papous dans la tête » sur France Culture.

Mon avis :
Ce roman est un exercice de style ou plutôt des exercices de styles. Sophie Divry tourne une situation somme toute banale et dramatiquement quotidienne en une histoire aux formes multiples.
Être en galère, avec les tracas matériels,  c’est le quotidien de cette narratrice, elle est journaliste et écrivaine. Elle a tout lâché pour aller vivre à Lyon. Elle essai  de ne pas descendre trop bas. Elle nous parle de manque de travail, d’isolement, de manque d’argent, de manque de nourriture et de vie sociale.
Elle crée des dialogues imaginaires avec sa mère ou son ami Hector. La frontière entre vraies et fausses conversations est assez poreuse. Cela donne des dialogues savoureux. Il n’y a qu’un pas à franchir pour passer de situations réalistes à des situations surréalistes.
Sophie Divry joue avec les mots, surtout lorsqu’elle évoque les réactions de sa mère. On suppose alors qu’on est dans des conversations imaginaires que se tient  la narratrice. On a un peu tendance à mélanger la narratrice et l’auteure, car elles ont le même prénom.
Son ami Hector a un tic de langage, il inverse la position des adjectifs. Il est le prétexte pour des scènes érotiques voire pornographique. Il y a même un avertissement pour  signaler un texte très hot. « Le passage suivant contient des scènes propres à choquer la sensibilité d’un jeune public. » (253)  et le texte est entouré de pointillé avec un petit ciseau dessiné.
Le côté « sexe » est aussi présent dans des dialogues sur internet sur des sites de chats de rencontre. Ou dans des expressions, et des commentaires graveleux, comme si elle se lâchait. Je me suis même posé la question si ce n’était pas fait exprès signifiant « il faut un peu de sexe pour vendre des livres ».
Nous avons aussi des objets qui  discutent entre eux. Le grille-pain va être sacrifié sur "le boncoin.fr" pour obtenir quelques petits sous au grand soulagement de la bouilloire électrique. C’est le genre d’exercice d’écritures qui m’ont fait penser aux « papous dans la tête ».
J’aime bien les digressions pour illustrer le propos principal comme l’histoire des familles :  Lagalère, Jeveux et Geaiedequoi. La narratrice utilise ses armes d’autodérision et d’écriture pour façonner l’histoire à sa façon et créer une distance. Par exemple :  elle précise qu’elle a retravaillé un dialogue avec son ami Hector car le retranscrire aurait été incompréhensible tant il était confus et troublé.
Les scènes avec pôle emploi comme protagoniste sont  tellement calqué sur la réalité qu’on se dit que la réalité dépasse la fiction.
Apparaît le diable avec ses solutions bien pourries : vol, drogue, prostitution et j’en passe… On se dit va-t-elle virer à la folie ? Se suicider ? On est dans une phase très sombre…  En même temps le personnage de « Lorchus » est tellement extrême qu’on en rit.  Il apparaîtra à d’autres moments.
Heureusement, il y a quelques belles personnes qui croisent le chemin des plus démunis. Comme pour contre balancer la noirceur du monde.
Puis,  l’histoire va connaitre un petit temps de répit qui va permettre à la narratrice de reprendre son souffle et au  lecteur aussi. La situation de fond est la même mais on va  voir la narratrice au milieu de sa famille à qui elle cache sa misère. Elle va être en position d’observatrice, en retrait elle va essayer de découvrir ce que vivent ses frères et sa mère.  Mais des discussions vont lui redonner quelques « claques ». J’ai bien aimé les discussions avec sa mère, elle n’est plus dans le rôle de petite fille et elle ne peut se positionner en victime de la société. Elle va repartir le ventre plein et des images plus positives d’elle.
Elle va reprendre plus moins pied et voir son avenir sous un autre angle et découvrir d’autres types de galères. Elle retranscrit aussi le changement qui s’opère dès que quelqu’un se sent utile et comment le regard des autres se modifie.
Ce que j’ai beaucoup aimé c’est aussi le travail typographique. Son texte n’est pas linéaire, il y a des textes avec des mises en page particulière. Sans parler des Bonus des pages rouges.
Elle introduit des histoires, des contes, des listes, des petites annonces,  des poèmes, des paroles de chansons, des écrivains, des rêves, etc.Elle part dans des énumérations qui rendent le propos si énorme qu'il perd son côté dramatique, un peu comme pour éviter le pathos.
C’est roman très agréable à lire car on ne s’ennuie  pas. Je découvre une maison d’édition que je ne connaissais pas et une écriture qui me plaît. Ce qui me réjouit c’est qu’elle a quatre autres titres à son actif. Je trouve la couverture magnifique par sa simplicité.
Ce roman, je l’ai lu dans le cadre d’un club de lecture sur auféminin.com et pour un cercle littéraire que j’anime dans la médiathèque de mon village.
Je conseille ce roman aux gens ouvert d’esprit et qui ne seront pas choqués par des scènes osées ou pornographiques et parfois des expressions très directes. Le lecteur ne doit pas avoir peur devant une composition très disparate.

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