samedi 15 septembre 2018

Lecture commune "correspondance" : L’élixir d’amour



  


L’élixir d’amour
Eric-Emmanuel Schmitt
Albin Michel, 2014, 162 p., 15 €
A vue D’Œil, 2015, 170 p., 15,50 €

Auteur :
Éric-Emmanuel Schmitt, né le 28 mars 1960 à Sainte-Foy-lès-Lyon (Rhône), est un dramaturge, nouvelliste, romancier et réalisateur, traduit en 45 langues et joué dans plus de 50 pays.

4e de couv. :
« L’amour relève-t-il d’un processus chimique ou d’un miracle spirituel ? Existe-t-il un moyen infaillible pour déclencher la passion, comme l’élixir qui jadis unit Tristan et Yseult ? Est-on, au contraire, totalement libre d’aimer ? »
Anciens amants, Adam et Louise vivent désormais à des milliers de kilomètres l’un de l’autre, lui à Paris, elle à Montréal. Par lettres, tout en évoquant les blessures du passé et en s’avouant leurs nouvelles aventures, ils se lancent un défi : provoquer l’amour. Mais ce jeu ne cache-t-il pas un piège ? 
Observateur pertinent des caprices du cœur, Eric-Emmanuel Schmitt explore le mystère des attirances et des sentiments.  



Ma chronique :

Eric-Emmanuel Schmitt est un auteur qui aime explorer les relations amoureuses, les passions, les conflits et les ruptures. Ces personnages sont souvent de milieux aisés vivant dans de grandes villes. Ici nous avons Paris et Montréal.
C' est un dramaturge et on sent dans ses romans un côté dialogué. Les décors ne sont pas détaillés. Il utilise des lieux que le lecteur peut imaginer par lui-même. Dans « l’élixir de l’amour » nous avons pour Louise un appartement à Montréal, un chalet est évoqué, un cabinet d’avocat. Pour Adam un appartement parisien, un cabinet de psychanalyste, un restaurant, l’opéra est évoqué. Les lieux sont assez stéréotypés. E qui compte c’est la parole, les sentiments, les sensations.
Au début, il plante le décor à Paris au mois d’octobre. Il reste des traces de l’été, comme il reste des traces de cette passion terminée… plus tard quand l’un des personnages souffrira, paris changera d’aura, comme si la ville était en osmose avec les émotions.
Citations :
« Devant moi, un soleil flétri se lève et contemple paris auquel octobre donne la pâleur d’une bête indisposée, tourmentée par les feuilles mortes tapageuses, avide de paix qui tarde. Vivement l’hiver. La langueur de l’était s’efface et la capitale s’impatiente d’obtenir le froid, le sec, le clair. Deux saisons suffisent à une ville, la suffocante et la glaciale. » (pp. 5-6)
« Dans ma chambre, à cette heure exempte de lumière, je regarde au-dehors les murs grisâtres et les ardoises disjointes que parcourent les pigeons crasseux sautillant d’une cheminée délabrée à une antenne de guingois. Paris me dégoûte. Quelle ville prétentieuse ! Elle se voit belle cette souillon arrogante qui arbore des airs de princesse, alors qu’elle pue, qu’elle pourrit, qu’elle sombre. Et moi, vaniteux, qui tiens à rester « parisien », comme si je détenais un titre de noblesse, comme si une telle somme d’emmerdements m’élevait au-dessus des mortels. Chimère…
Mon appartement me révulse. Tout est morne, aligné, dépourvu de brillance ou d’aspérité. La fadeur règne. Il ne me paraît vaste que parce qu’il coûte cher. Ah oui, c’est spacieux, vingt-cinq ans de crédit !
Me revoilà retombé sur terre, ça fait mal au cul : paris est laid et le bonheur impraticable. » (p. 157).

D’autres évocations dans le roman notamment autour de paris la nuit, l’opéra, les rues livrées aux fêtards.

Dans ces lettres qui sont en fait des « courriels sans dates » on va directement aux questionnements. Cette version moderne de la correspondance permet d’avoir des échanges plus rapides (pas de lettres à poster) sans fioritures, ni formules de politesse, cela va d’une seule phrase à plusieurs pages (rarement). Dans ce type de messagerie le temps est accéléré, la lecture est plus dynamique. Mais parfois la réponse se fait attendre, le correspondant s’inquiète, s’interroge, relance, un jeu s’instaure alors entre eux. il arrive à faire varier l'intensité des échanges et créer un suspens.
Ils n’ont plus les mêmes envies ni les mêmes attentes. On va avoir une vision féminine et masculine de la sexualité et de l’amour, de la rupture, mais cela ne sera pas valable tout au long de l’histoire, je vous laisse découvrir la chute des certitudes. On retrouve les rapports de force masculin-féminin.
Comment passer d’ex-amants à amis, chacun va faire un cheminement différent. Leur vie va suivre leur cours vont entrer dans le jeu en filigrane leurs nouveaux partenaires respectifs.
La distance que crée la parole écrite vient se rajouter à la distance physique (paris-Montréal) et affective. Ils s’éloignent de leur relation première vers autre chose. L’écriture permet de se cacher, de manipuler les informations et les sensations.
Les cinq sens :
La vue et l’ouïe : L’absence physique. Pas de photos, ni de vidéo, ni de téléphone. On est dans l’évocation, la suggestion, les souvenirs.
Le toucher : Dans ce roman il est questions aussi d’épiderme. Plus de relation sexuelle signifie plus de contact physique. Sans parler de la distance.
L’odorat : Un parfum est là pour garder un lien. « Cuir de Russie » de Chanel un parfum qui n’est ni féminin ni masculin va faire le lien. (voir Cuir de Russie). A nouveau le parfum vient jouer un rôle évocateur.
Le goût est aussi dans l’évocation.
Ce que j’aime dans les dialogues de Eric-Emmanuel Schmitt (que l’on soit ou non d’accord avec ce qu’il dit) c’est qu’on a l’impression d’une escalade, on franchit des étapes.
On retrouve aussi des thème chers à E-E Schmitt : Le suicide comme réponse à l’arrêt de la souffrance, mais aussi le déclencheur qui va redonner goût à la vie.
Alors existe-t-il ce fameux élixir d’amour ? je vous laisse découvrir.




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